Les collages digitaux illustrant cette première traduction française de Clouds without Water, dus à mon ancienne compagne Anja Bajuk, artiste croate également spécialiste de la musique dite industrielle, furent élaborés en 2016 afin de rendre hommage à la polonaise Diana Orlow alias Lilith von Sirius (1971-1997), poétesse et courtisane de luxe, danseuse et costumière, née à Poznan et décédée à Hambourg. Diana effectua également la première traduction dans sa langue natale du Liber Legis ou Livre de la Loi, texte sacré au cœur du corpus thélémite.
    
    Par la suite, ces collages me semblèrent idéaux pour enluminer ma traduction de Aradia, or the Gospel of the Witches (1899), de Charles Leland (1824-1903), l’un des textes fondamentaux de la wicca et du néopaganisme. Cet écrit se présente comme la parole même de la Déesse. Diana étant ma Déesse, je proposai ces créations à mon acien éditeur qui les refusa, les estimant trop difficiles pour figurer dans un ouvrage dont il voulait qu’il touche un vaste public, notamment composé de jeunes sorcières qui auraient pu ne rien entendre à leur présence. Il n’avait pas tort. Cela dit, informé sur le tard de cette cruelle mais juste décision, j’eus trois jours pour les remplacer au pied levé par d’autres œuvres d’Anja, lesquelles constituaient là encore un hommage, cette fois à l’artiste allemande Unica Zürn (1916-1970) avec laquelle moi, Anja, Diana (il va sans dire) et d’autres personnes proches, vivantes ou mortes (du moins sur le plan terrestre), avons ou avions de profondes et violentes affinités d’ordre magicke.
En outre, même acceptées, ces images initialement prévues auraient été reproduites en noir et blanc, leur retirant ainsi beaucoup de leur force.

     Ma traduction vit donc le jour, illustrée de la nouvelle sélection, aux Éditions Danaé en 2018 sous le titre Aradia, l’Évangile des Sorcières.

    Clouds without Water étant une sombre histoire d’amour et de mort, et mon histoire avec Diana étant également une sombre histoire d’amour et de mort, il m’apparut vite évident que ces collages seraient parfaits pour historier le texte, plus proches d’icelui que d’Aradia, tout bien réfléchi. De plus, ils pouvaient être reproduits en couleurs, ce qui leur conservait toute leur efficience sur le plan de la sauvagerie amoureuse qui caractérise à la fois Clouds et mon histoire avec Diana. Je tiens à remercier l’ami Kazim, le courageux fondateur de Hexen Press, d’avoir compris l’importance rituelle de ma démarche, car je désirais (de toutes les forces de mon âme) composer avec lui un ouvrage talismanique, doté d’une réelle puissance sur le plan de l’invisible, où se pourraient conjuguer efficacement les énergies de l’auteur, du traducteur, de l’illustratrice, de mon amante de toujours, de l’éditeur, du préfacier et même du dédicataire.*

     Le livre que vous tenez présentement entre les mains n’est donc pas qu’un simple délire poétique et décadent réhaussé d’illustrations que je tiens pour magnifiques : il s’agit d’une attaque magicke en règle contre tous les ennemis de l’Amour.

Philippe Pissier, ce mardi 25 octobre 2022 e.v.,
Soleil et Lune en Scorpion, depuis la tanière mystique du chat du Cheshire.

     * Olivier Cabière, donc, qui publia en 2018 ma traduction du  Rodin in Rime (1907), autre recueil de Crowley, sous le titre Le dit de Rodin, à l’enseigne de sa maison d’édition nommée L’arachnoïde. Il s’agit de l’œuvre orphique la plus aboutie de l’auteur avec ce Clouds without Water, si l’on  excepte évidemment certains textes épars, ainsi que le Liber Legis, le Liber VII et le Liber LXV des Saints Livres de Thelema – mais ces trois chants relèvent directement de l’univers initiatique et sont de facture fort différente. Cet opus littéraire est le fruit de l’amitié entre Auguste Rodin et le mage. L’édition française est préfacée par André Murcie (qui anima les revues Style, Louve et Alexandre) et est illustrée de dix lithographies érotiques du maître quasiment inconnues en France. Elles furent offertes par le sculpteur à notre Aleister. Les appendices contiennent entre autres les lettres de Rodin à Crowley, et une interview de ce dernier par Fernand Hauser au domicile de Marcel Schwob (l’auteur du Livre de Monelle), parue dans le quotidien La Presse en date du vendredi 3 avril 1903.